• 48. André Verchuren - accordéoniste

    Dans le blog

    Date : 3 avril 97

    Lieu : interview à son domicile de Chantilly dans l'Oise

    Durée : plus d'une heure

    Particularité : suis revenu à la sortie de l'article lui reporter comme promis sa photo de déporté confiée. Pour la première fois, mon père, lui aussi accordéoniste  m'a accompagné dans cette démarche et lui a fait signer deux de ses tableaux sur la danse.  

    Titre de l'article : André Verchuren : jamais sans ses soufflets

    Je suis allé voir André Verchuren, chez lui, avant tout pour sa carrière, ses 60 millions de disques vendus. Une sorte de monstre sacré de la musique et du piano à bretelles. Un homme fascinant qui s'est doucement laissé aller aux confidences sur sa carrière, ses anecdotes, son amour pour la musique, le secret de sa longévité "sur scène, j'ai 20 ans de moins".

    Le courant est passé dans sa magnifique demeure de Chantilly. Lors d'un court silence, André s'est levé et a quitté la pièce. Est revenu avec son habit de déporté de Dachau. L'émotion a été plus que forte. Je me suis tu et c'est André qui a poursuivi l'entretien en me racontant les 1 000 morts dans ce "train de la mort". Plus solide que les autres, il a été des 60 resacapés avant d'endurer les souffrances morales et physiques. Pudique, l'accordéoniste, devant mon émotion difficilement contenue, m'a raconté ce 29 avril 1945, jour de délivrance dans les douches du camp.

    Cet entretien, léger comme sa musique mais lourd par ce passé qu'il n'avait jamais jusque là dévoilé a été très difficile à retranscrire. J'ai choisi de l'écrire sous forme d'entretien et non d'interview. Le premier jet n'a pas été bon. Le deuxième a été nul. Mon père Amos, grand admirateur de son collègue de bal m'a remis sur les rails et pour la première fois s'est permis de corriger mes écrits. Avec le recul, même si je ne l'avais pas trop bien pris, il m'a rendu un fier service par cet article qui ne m'a pas satisfait pleinement mais qui tenait la route.

    En lui ramenant comme promis sa photo de déporté (son unique), André s'est assis dans le canapé et a lu l'article. Rarement les minutes n'ont été aussi longues. J'avais confiance en moi mais ce moment, surtout devant mon père, a été l'un des plus émouvant de ma carrière de journaliste. Les larmes aux yeux, Monsieur Verchuren m'a remercié en prononçant les mots justes. Nous avons pris tous les trois le café et je lui ait déposé sa photo de Dachau sur la table basse.  Dans la voiture au retour nous avons observé avec mon père le silence qui s'imposait naturellement. A l'entrée de Meaux il m'a juste dit ce que je savais déjà :"Tu as eu raison de modiifer ton article. Il a apprécié". Il était donc inutile de parler plus car tout était dit, l'émotion étant un sentiment qui se vit de l'intérieur.

    La phrase : "Dans la trop fameuse salle des douches du camp de Dachau, ayant réussi à me procurer un accordéon, je suis monté sur la table et malgré mes 41 kg perdus, j'ai rassemblé mes forces et l'énergie qui me restaient pour entonner une vibrante Marseillaise reprise en choeur par les 3 000 rescapés debouts et émus jusqu'aux larmes. La plus émouvante prestation de ma carrière, sans aucun doute ..."   


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